ARTHUR ET IBRAHIM

création 2017|2018
Amine Adjina • Compagnie du Double

Arthur et Ibrahim décident une chose un peu folle... Arthur doit changer d’identité. Il va désormais s’appeler Omar. Arthur doit se transformer en arabe pour que l’amitié des deux enfants perdure. À partir de son expérience intime d’homme dont les parents d’origine algérienne sont arrivés en France dans les années 1970, l’auteur et metteur en scène Amine Adjina invente une comédie dans laquelle valsent les identités. Symboles, fantasmes, projections... toutes les causes des crispations identitaires sont remises en question. Parce qu’il y a urgence à déjouer les discours de stigmatisation qui gangrènent notre société, ce spectacle invite, par le rire, à l’ouverture et à l’expérience du rapport à l’autre.

 

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NOTE D'INTENTION

C’est pendant mon expérience d’acteur sur le projet Master écrit par David Lescot, et mis en scène par Jean-Pierre Baro lors de la saison 15-16 dans le cadre du festival Odyssées en Yvelines au Théâtre de Sartrouville où nous avons joués plus de 70 fois dans les classes de 4ème et 3ème que j’ai eu l’idée de ce texte. Master est un cours de hip-hop qui va se transformer en clash entre l’élève et le prof sur fond d’histoire de France, de misère sociale, etc... Master est un projet sur la contestation, et son apprentissage à l’intérieur de la structure scolaire.

En voyant la réaction des jeunes, face à ce qu’on leur proposait, en échangeant avec eux après chaque représentation et en lien avec ce que je sens de la crispation des identités en France, j’ai pensé qu’un texte sur ces thématiques était plus que nécessaire, urgent.Très vite, le désir d’écrire pour des jeunes, en France s’est imposé. Quand je dis jeune en France, je veux parler de la jeunesse dans sa diversité telle qu’elle existe en France et telle que je la vis. Cette jeunesse dont on parle si peu au Théâtre.

D’où ce titre, Arthur et Ibrahim, qui affiche volontairement les noms des deux enfants au centre de cette pièce. Des noms qui portent malgré eux histoires, symboles, fantasmes, projections, qui n’ont pas été choisis par ceux qui les portent et qui vont faire l’objet d’une tentative de transformation.

J’ai puisé dans ma propre histoire (jeune français d’origine algérienne) pour écrire ce texte. Et de ce qu’Abelmalek Sayad nomme la double ab-sence pour construire la figure du père et son impossible ancrage à un territoire. Il n’est ni de là-bas (Algérie) parce qu’il n’y est plus, ni d’ici (France) parce qu’il ne s’y sent pas chez lui. Il vit dans un fantasme qui est une bulle, qui empêche l’appartenance à un territoire. L’endroit de la souffrance se situe exactement au niveau de cet empêche-ment : l’impossible appartenance à une terre.

Mes parents, tous deux algériens arrivés en France dans les années 70, ne se sont jamais considérés comme Français. Pour autant, moi qui suis né à Paris en France, je me définis comme français, c’est le territoire sur lequel je vis, c’est la communauté à laquelle j’ai décidé d’appartenir. Pourtant je ne me considère pas comme un descendant direct des Gaulois comme voudrait nous le faire croire un ancien président de la République qui manipule l’histoire comme on manipule de la pâte à modeler. A sa guise...

L’idée première de ce texte, la première vision est la suivante : un jeune garçon ne veut plus jouer avec un autre parce qu’il n’est pas arabe.De cette idée première se déplie une série de questions : Pourquoi est-ce que le jeune garçon en vient-il à agir de la sorte ? Pourquoi se définit-il arabe plutôt que français ? Qu’est-ce qu’être arabe ? Quels rôles ou influences ont les adultes sur ces comportements ? Comment réagissent-ils ?

Arthur et Ibrahim sera l’histoire d’une amitié, renforcée par l’idée qu’on ne peut pas faire l’économie de l’expérience. C’est l’expérience qui construit les liens que nous avons avec l’autre. Tous les discours de stigmatisation tentent d’empêcher qu’une expérience soit faite, pour creuser les divi-sions. Arthur et Ibrahim aborde l’héritage de l’histoire entre la France et l’Algérie (notamment la Guerre d’Algérie). Histoire dont on parle si peu et qui est pourtant inscrite dans les corps. Au sens où Frantz Fanon en parlait, des corps aliénés et qui transmettent leurs aliénations.

Arthur et Ibrahim est une comédie pour tenter de contrer la période obs-cure dans laquelle nous sommes. Une période de repli. Par le rire, de déjouer ce qu’on nous décrit comme grave et sérieux.Sans masquer les réalités, je souhaite que ce texte puisse permettre qu’une parole s’échange.
Amine Adjina

 


texte et mise en scène Amine Adjina • avec Mathias Bentahar, Romain Dutheil, Kader Kada, Anne Cantineau • collaboration artistique Émilie Prévosteau • lumière, régie générale Azèline Cornut • scénographie Maxime Kurvers • costumes Majan Pochard • son Fabien Nicol ©Géraldine Aresteanu

production Compagnie Du Double • coproduction Le Tarmac – La scène internationale francophone, Le Théâtre de l’Agora – Scène nationale d’Evry et de l’Essonne, L’Estive – Scène nationale de Foix et de l’Ariège, Le Théâtre de la Passerelle – Scène nationale des Alpes du Sud • soutien  Fonds SACD Théâtre et de l’Association Beaumarchais - SACD • aide à la résidence de la Halle aux Grains, Scène nationale de Blois et du Théâtre de Choisy-le-Roi, scène conventionnée pour la diversité linguistique.
Le texte « Arthur et Ibrahim » est lauréat de l’Aide à l’écriture de l’association Beaumarchais-Sacd.

AUTOUR DU SPECTACLE 

durée estimée 1h
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texte lauréat
de la bourse Beaumarchais ‐ SACD 2017 

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