ÇA VA ?

Jean-Claude Grumberg I Daniel Benoin • Antipolis Théâtre d’Antibes

Il fait bon rire en temps de crise. C’est ce que démontrent Jean‐Claude Grumberg et Daniel Benoin, qui explorent avec un sens de l’absurde jubilatoire les manifestations du « çavavirus », pathologie bien connue qu’on n’est jamais à l’abri de contracter. « Ça va ? », c’est la question passe‐partout, la question qui appelle une réponse, mille réponses, pas de réponse.
La question qui comble le vide, celle qui nous permet d’entrer en relation avec l’autre. Vingt histoires courtes, soixante rôles, trois comédiens... Et c’est la valse des « ça va ? ». L’auteur et le metteur en scène plongent dans la banalité du quotidien, offrant des fragments de conversations cocasses... et pas si anodines qu’il n’y paraît. 

 

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Le çavavirus, de son nom latin, est une saloperie de maladie. Qu’elle vous chope, ou que vous la chopiez, à un coin de rue, au saut du lit, à la terrasse d’un café, au bal des petits lits blancs ou dans vos escaliers, dans une queue de ciné, au bar de l’Opéra – où je ne vais jamais –, n’importe où donc, chez vous, chez des amis – s’il vous en reste –, en France, à l’étranger – où je ne vais plus, les ça va vous collent au train, impossible de vous en débarrasser. Cachets, pilules, suppos, lotions, potions, sirops, massages, rien n’y fait, rien n’y fera. Quand le ça va vous a pénétré à l’insu de votre plein gré, inutile de sortir masqué comme un touriste japonais grippé, le çavavirus résiste à tout traitement et, si vous l’avez, inévitablement, vous le collerez à d’autres.Moi, il y a six-sept ans que le ça va me possède. Pire qu’un rhume ; le rhume chez moi ne dure jamais plus de dix mois dans l’année, mais le ça va, je vous dis, six-sept ans ! Au plus fort de la maladie, j’en griffonnais un par jour. Aujourd’hui je suis, disons, en période de rémission, c’est un par mois.Quoi qu’il en soit, dès que je me sens tiré d’affaire, je m’installe à ma table, taille mon crayon et je me prépare à pondre la tragédie sur le temps qui passe, la misère qui s’amasse, les copains qui trépassent, et que dalle, nib, peau de balle et balai de crin c’est un ça va qui me suinte des mains et vient salir le papier blanc de sa noirceur infecte.
Jean-Claude Grumberg

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Depuis le début des années 70, Jean-Claude Grumberg traverse le théâtre français avec près de quarante pièces qui, toutes, le mettent en tête du peloton des auteurs dramatiques. Depuis quarante ans, je cherche à me confronter à cette écriture et voilà qu’enfin j’en ai à la fois l’occasion, la disponibilité et le plaisir. Ça va ? est certes une série de 20 histoires courtes mais forme une vraie pièce élaborée à travers ces conversations cocasses ou dramatiques enveloppant l’absurdité du monde et la solitude humaine dans un grand éclat de rire. Pour jouer les 60 rôles que comporte le spectacle, j’ai fait appel à trois comédiens avec qui j’ai un plaisir considérable à travailler mais surtout qui font partie de cette troupe idéale que tout metteur en scène constitue dans son imaginaire. François Marthouret, Éric Prat et Pierre Cassignard ont participé à un nombre important de mes mises en scènes avec un talent démultiplié par leur connivence amicale et artistique.
Daniel Benoin


texte Jean‐Claude Grumberg • mise en scène Daniel Benoin • décors Jean‐Pierre Laporte • costumes Nathalie Bérard‐Benoin • lumières Daniel Benoin • avec Pierre Cassignard, François Marthouret, Éric Prat©Philipp Ducap

Production Anthéa, Antipolis Théâtre d’Antibes

AUTOUR DU SPECTACLE 

• durée 1h30
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tout public