DOM JUAN

création 2015|2016

♦ INTERVIEW / Jean-François Sivadier sur la radio RGB 99.2 FM (mars 2016)
Molière , Jean-François Sivadier
Le sens du festin

Après Le Misanthrope (en 2013), Dom Juan… Jean-François Sivadier a Molière en ligne de mire. Metteur en scène acclamé au Festival d’Avignon, par ailleurs féru d’opéra, on connait sa capacité à transformer le répertoire théâtral en véritable festin, pour les acteurs comme pour les spectateurs. Beaumarchais, Brecht, Büchner, Feydeau, Claudel et Shakespeare ont déjà succombé à sa maestria. Avec Nicolas Bouchaud en Dom Juan et Vincent Guédon en Sganarelle, nul doute que sera encore entretenue une fièvre scénique boulimique. Et si Dom Juan reste notre contemporain, c’est que « la vitalité de ses appétits alliée à son impuissance politique témoignent de l’impatience intellectuelle et spirituelle de la jeunesse, quel que soit le siècle dans lequel elle vit. »

• durée estimée du spectacle : 2h30
 

> participez au Stage Théâtre avec Anne de Queiroz, complice de Jean-François Sivadier du 15 au 17 avril
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L’histoire de Dom Juan a subi maintes transformations depuis que Tirso de Molina en fit une pièce de théâtre édifiante en 1630 : cette « anti-légende » est maintenant devenue un mythe. Un fond inépuisable d’interprétations et de questionnements sur ce qu’est « l’humanité ».

A l'origine, certainement une légende médiévale : celle d'un jeune homme qui pour se rendre à ses noces prend un raccourci à travers le cimetière. Déjà ivre, il envoie un coup de pied dans une tête de mort avant de l'inviter au banquet. Invitation blasphématoire à laquelle va répondre le fantôme du défunt qui surgit au milieu de la fête. La présence de ce surprenant convive n'empêche pas le festin de se dérouler et alors que le repas s'achève, le fantôme donne rendez-vous au jeune homme. Lorsqu'il se rend au cimetière, celui-ci découvre une table dressée sur une tombe, le spectre le saisit par la main et l'entraîne avec lui aux Enfers.

Les dévots avaient-ils gagné au change quand  Molière fit entrer Dom Juan à la place de Tartuffe sur la scène du théâtre du Palais Royal ? Le personnage en vogue y blasphème avec panache, au gré d’aventures alors obligées par la trame connue de sa « vie » : enlèvement de nobles femmes, naufrage, séduction de paysannes, duel chevaleresque, impiété filiale, et surtout châtiment fatal donné par la statue du Commandeur. Sganarelle nous prévient d’emblée : « ... tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, un pourceau d’Epicure, un vrai Sardanapale... ». Nous guettons alors l’arrivée du monstre et... c’est un homme qui paraît, avec dans la poitrine « un cœur à aimer toute la terre ».

Dom Juan est-il un monstre, un conquérant idéaliste, un petit marquis plein de vanité, un philosophe matérialiste ? Ou bien la promesse de toutes ces métamorphoses ? Nous voilà entrainés par le courant de la pièce, et, comme les autres personnages, excepté Sganarelle, nous partons à la chasse à l’homme qui ne se laisse saisir par aucune définition trop simple. « Grand seigneur méchant homme » : la vitalité de ses appétits alliée à son impuissance politique témoignent de l’impatience intellectuelle et spirituelle de la jeunesse, quel que soit le siècle dans lequel elle vit. Depuis, le seigneur vagabond ne cesse de défier celui qui l’écoute, tout comme la statue de Commandeur ne cesse de ravir Dom Juan au jugement terrestre, nous laissant en héritage le trou béant d’un tombeau surnaturel duquel surgit toujours l’insolence de sa dette envers toutes les formes de croyance et d’assujettissement. Mythe né sur la scène d’un théâtre où le ciel est une toile peinte aux étoiles de bougies et où l’au-delà se fabrique à l’artifice.

 


création Théâtre National de Bretagne • texte Molière • mise en scène Jean-François Sivadier • collaboration artistique Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit • avec Nicolas Bouchaud, Vincent Guédon, Stephen Butel, Marc Arnaud, Marie Vialle, Lucie Valon • scénographie Daniel Jeanneteau, Christian Tirole, Jean-François Sivadier • lumières Philippe Berthomé assisté de Jean-Jacques Baudouin • costumes Virginie Gervaise assistée de Morganne Legg • maquillages, perruques Cécile Kretschmar • son Eve-Anne Joaland • Assistants a la mise en scène Véronique Timsit, Maxime Contrepois (dans le cadre du dispositif de compagnonnage de la DRAC île-de France) • Assistant de tournée Rachid Zanouda • construction du décor Atelier du Grand T à Nantes, Alain Burkarth (suspensions), Yann Chollet - ARTE FAB • confection des costumes Catherine Coustère, Sylvestre Ramos, Anne-Sophie Polack et Julien Humeau Clotaire / Atelier du TNB – Rennes (Sarah Bruchet, Myriam Rault) • régie générale Dominique Brillault • régie lumières Jean-Jacques Beaudouin, Damien Caris • régie son Eve-Anne Joalland • régie plateau Christian Tirole, Nicolas Marchand • accessoires Julien Le Moal • habillage Valérie de Champchesnel • remerciements Maison de l’Arbre, Christian Biet, Bertrand et Romans Suarez-Pasos • avec l’aide de toute l’équipe du Théâtre National de Bretagne

Production déléguée Théâtre National de Bretagne / Rennes • coproduction Italienne avec Orchestre, Odéon – Théâtre de l’Europe, MC2 / Grenoble, CNCDC Châteauvallon, Le Grand T – Théâtre de Loire-Atlantique, Le Printemps des Comédiens

Jean François Sivadier est artiste associé au Théâtre National de Bretagne/Rennes
Création au Théâtre National de Bretagne/Rennes le 22 mars 2016

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