EDITO

Jean Joël Le Chapelain

UN THÉÂTRE PUBLIC
C’est quoi le théâtre public ?... un Étonnant équilibre qui exprime, par de multiples moyens, le projet de son directeur pour la rencontre des publics avec les œuvres et les artistes d’une saison en mouvement, forcément en mouvements. Projet singulier tourné vers la population du territoire, dans le cadre d’un Contrat d’objectifs et de moyens discuté et adopté par les partenaires publics co-financeurs et des représentants de spectateurs, L’apostrophe n’est pas une initiative individuelle subventionnée mais le fruit de la volonté des collectivités publiques.

Lieu des émotions et des passions les plus extrêmes, carrefour des contradictions comme des expérimentations jugées conventionnelles ou audacieuses, trop ou pas assez… la scène de théâtre permet cette approche large, nourrie à l’échelle régionale, nationale et internationale capable de suggérer une vision, d’aider au jugement esthétique, à la discussion sur les oeuvres émergentes comme sur le répertoire, sans cesse revisité. Elle nous incite cette année encore à de belles occurrences avec de grands créateurs : Joël Pommerat, Roméo Castellucci, Maguy Marin, François Verret, Jean François Sivadier, Peeping Tom, Brad Melhdau…

Dans la tourmente planétaire de l’époque, qui devrait nous rendre plus forts, si elle ne nous tue pas, la paupérisation du secteur artistique pourrait paraître dérisoire. La sanctuarisation par l’Etat du budget du spectacle vivant et le pacte proposé aux collectivités locales laissent pourtant entrevoir un espoir puisqu’au plus haut niveau on estime* que le soutien à la culture est aussi une réponse à la crise.

La mission de l’institution théâtrale est au coeur d’enjeux réels pour la défense des artistes, le soutien aux créations… tout autant que symboliques en reposant sur des valeurs d’ouverture aux autres, de curiosité, de tolérance, de laïcité.

La Scène nationale met ainsi en œuvre son cahier des charges dans un engagement au service de la cité, et une action faite de diversité et d’exigence attentive aux territoires et aux partenariats, aux projets nouveaux, aux mixités qu’illustre l’intense travail d’action culturelle menée auprès des élèves des établissements scolaires et universitaires qui, chaque année dans les Melting’Potes, témoignent par exemple de l’extraordinaire vitalité des jeunes générations.

Dans ce monde de fêlures idéologiques, sociales, politiques, celles des créateurs sont, elles, poétiques. C’est l’espace des possibles par où passe la lumière, qui donne sens et épaisseur aux interrogations humaines les plus futiles et les plus profondes.

L’interstice ou transitent les joies, les misères, les colères, les déceptions relève de cet informulable nécessaire à l’existence laissant à penser, comme le suggère Cesare Pavèse**, que L’art est la preuve que la vie ne suffit pas.

Jean Joël Le Chapelain
Directeur

* Manuel Valls -Les matins sur France culture - 18/5/2015
** Cesare Pavese : écrivain italien - 1908/1950