IDENTITÉ

création 2015|2016

♦ INTERVIEW / Jean-Paul Rouvrais sur la radio RGB 99.2 FM (mars 2016)
Gérard Watkins , Jean-Paul Rouvrais
Le corps de la mémoire

Marion et André forment un couple (presque) sans histoire, quoique fauché. Enfin, sans histoire, c’est vite dit. Dans Identité, une pièce de Gérard Watkins récompensée en 2010 par le Grand Prix de la Littérature Dramatique, un simple jeu-concours va conduire nos deux personnages à s’interroger sur leurs origines, faisant ressurgir une mémoire liée au nazisme et aux camps, refoulée dans les corps. L’engagement du corps, jusqu’à une intensité de mouvement proche de la danse, est précisément ce qui aiguise les mises en scène de Jean-Paul Rouvrais. Rien d’étonnant, alors, si son adaptation d’Identité, avec Stéphanie Schwartzbrod et Cyril Hériard Dubreuil, privilégie sa prégnance physique, au cœur des mots et silences de cette tragédie intime.

• durée estimée du spectacle : 1h10

 


Marion et André Klein forment un couple d’Européens. Ils ne travaillent plus et vivent dans un grand dénuement. Marion fait une grève de la faim. André se noie dans la surconsommation d’alcool. Un matin, de retour d’une soirée, André lit sur l’étiquette d’une bouteille de vin qu’ils peuvent gagner de l’argent en répondant à une question : vos parents sont-ils vraiment vos parents ? Cette question les mènera dans une quête identitaire qui réveillera toute une mémoire : celle des camps.

Gérard Watkins interroge la question de l’identité chez un couple. Il parle du corps et de sa mémoire. Il pose la question de la tragédie des camps. Comment cette tragédie reste terrée et inscrite dans les corps ? Comment elle ressurgit, sans qu’on s’y attende, dans une descendance qui s’est vu privée ou qui refuse d’affronter ce passé ?

 


NOTE D’INTENTION
« Vos parents sont t-ils vraiment vos parents ? pose la question de l’identité et de son origine. Le malaise que vivent Marion et André Klein est en écho avec cette origine. En s’interrogeant sur leurs passés, ils découvrent toute une mémoire enfouie, refoulée dans les corps.

 Notre travail s’articule autour du corps. Nous travaillons sur un principe de répétition variation amplification, pour emmener le corps jusqu’à des points extrêmes de tensions. Le corps devient un pôle de sensations qui diffusent sur scène et au-delà de la scène. Nous défaisons le corps de la léthargie sociale dans laquelle souvent il s’englue.

Dans notre travail, le corps retrouve son mouvement, il redevient vivant. Et c’est depuis ce corps en mouvement que la mémoire s’arrache au corps, qu’elle ressurgit et qu’elle se déploie. Le corps en mouvement convoque toute une mémoire inscrite dans la chair et le sang. Ce travail sur le corps de l’acteur est contaminant. Contamination des acteurs entre eux, mais aussi, des acteurs avec les spectateurs. Acteurs et spectateurs font corps, ils communiquent de système nerveux à système nerveux dirait Francis Bacon.

Nous appréhendons le texte de Gérard Watkins comme un matériau. Nous ne jouons pas la pièce dans son intégralité ni non plus dans sa linéarité. Nous défaisons, nous soustrayons, nous rajoutons, nous défigurons. Nous défigurons pour faire sentir. Par la défiguration nous faisons arriver la sensation. Nous investissons le corps de l’acteur à la façon des danseurs. Le corps en mouvement ne suit pas toujours l’ordre établi. Il se perd, ouvre des espaces, découvre des trous, plonge, sans toujours savoir ce qu’il ramène. Nous construisons avec ce qui est ramené, avec ce qui revient. Le corps appelle ce qui le nourrit, il convoque sa mémoire. Il appelle ce dont il a besoin au moment où il en a besoin. Il appelle pour entretenir et développer. Il fait ressurgir. Le corps appelle son propre matériau. Le texte de Gérard Watkins, que les acteurs ont mémorisé et qui est inscrit dans leurs corps, mais aussi d’autres textes, des images, des sons, des voix, toute une mémoire déjà profondément ancrée dans le corps des acteurs et du metteur en scène.

Notre Identité à nous c’est aussi une histoire, la même que celle écrite par Gérard Watkins, elle se dit juste autrement. C’est d’abord par le corps que nous saisissons le public. Nous engageons avec lui un corps à corps. Nous lui faisons sentir cette violence faite au corps, en lui racontant, mais aussi, surtout, en lui faisant éprouver physiquement, viscéralement, quelque chose de cette mémoire, quelque chose de cette tragédie. »
Jean-Paul Rouvrais

 


création Compagnie en Déliaison • texte Gérard Watkins • direction Jean-Paul Rouvrais • avec Stéphanie Schwartzbrod, Cyril Hériard Dubreuil • images Clémence Pogu • scénographie Naelle Lamothe • régie générale Nicolas Cautain • administratrice Angela de Vincenzo

 

programme de salle: