IL NE FAUT JURER DE RIEN

♦ INTERVIEW / Il ne faut jurer de rien sur la radio RGB 99.2 FM (nov. 2015)
Alfred de Musset , Yves Beaunesne
La stratégie amoureuse, un champ de bataille

Si Valentin aime l’alcool, le jeu et les femmes, il ne croit pas en grand-chose et surtout pas à l’amour. Tout du moins s’en convainc-t-il. Et lorsque son oncle, qui finance bon gré mal gré ses frasques, l’engage à se marier avec une jeune aristocrate, Valentin va s’ingénier, pour prouver la futilité des femmes, à séduire incognito et en peu de jours sa promise. Las, pour avoir sous-estimé l’intelligence d’une femme plus rouée qu’il ne le soupçonnait, le dandy sera lui-même vaincu par sa vanité. Cette pièce d’Alfred de Musset, Yves Beaunesne l’avait déjà abordée en 1996, alors tout jeune metteur en scène. « La pièce », dit-il, « est construite comme un champ de bataille dont les généraux sont femmes, celles de la stratégie amoureuse moderne. »

• durée estimée du spectacle : 1h30

 


NOTE D’INTENTION
« Comment dénoncer ce qu’on a adoré ? Comment ne plus être ce que l’on était ? Musset était romantique, il ne l’est plus. Musset croyait en l’amour, il se découvre trompé. Musset était confiant, il n’est plus que doutes.

C’est un Musset blessé qui écrit à trois reprises cette pièce qui a connu 1836, 1848 et 1853. C’est une histoire qui va de Louis-Philippe à Napoléon III, en passant par la Révolution de Février. Trois Musset en un.

Mais la question fondatrice est toujours la même : « A quoi rêvent les jeunes filles ? ». La réponse, au bout du compte, à bout de course, est : « Au pouvoir ».

La pièce est construite comme un plan de bataille dont les généraux sont femmes. Au soir du combat il y a mort d’homme, et le jeune adversaire est vaincu sur le champ qu’il s’était lui-même choisi, le champ du romantique. Mais les armes ne sont pas l’antique honnêteté féminine ni la naïveté juvénile. Ce sont celles de la stratégie amoureuse moderne. On ne parle que de « batterie pointée » et de « glorieuse campagne ». C’est de guet-apens dont il s’agit.

C’est l’échec d’un mode séduction que Musset envoie ad patres : le cynisme de commande. Valentin se dit impitoyable ; il se découvre souffrant. Il se croit roué ; il n’est que dandy. Il se veut blasé ; il s’éprouve candide. La rouerie est chez Cécile, et aussi l’imparable lucidité de celle qui sape avec délices, amour et orgues.

La rouerie de Musset, elle, est de faire évoluer ses personnages dans les lieux de l’intime pour mieux faire résonner en ces lieux mêmes les mouvements lointains des désordres sociaux. Avec comme pivots un oncle hollandais contorsionniste et une future belle-mère aristocrate catcheuse.

Il y aura un prix à payer, le prix de toute transgression sociale : un mariage. Et c’est le neveu de négociant à l’âme noble qui se vendra à la bourgeoise jeune baronne. Il ne faut jurer de rien, et encore moins des femmes.

Musset, à chaque fois, rédige à la hâte une nouvelle pièce qui toujours décrit la précipitation, sa cause et ses effets. Ainsi ira mon choix entre les différentes versions de la pièce : voler à la hâte ce qui m’arrange et me dérange. Car c’est une course poursuite avec arrivées tumultueuses, brusques sorties, départs accélérés, chasses à l’homme et disparitions fugitives. Il faudra travailler sur ce mouvement perpétuel et cette torsion de la cohérence qui troublait tant Sainte-Beuve. Il est vrai que Musset se fout de la vraisemblance, a un faible pour l’ellipse et ne s’encombre pas des modes. Bref, il prépare le chemin à Büchner. L’esprit se construit systématiquement contre l’opinion.

Ce Musset-là, c’est le mal d’être et le plaisir de vivre. »
Yves Beaunesne

 


création La Comédie Poitou-Charentes et Le Théâtre Public de Bruxelles • texte Alfred de Musset • mise en scène Yves Beaunesne • avec Florence Crick, Fabian Finkels, Olivier Massart, Olivia Smets, Alexandre von Sivers • équipe de recréation Marion Bernède, Yves Beaunesne • assistance à la mise en scène Marie Clavaguera Pratx • assistants Jérémie Velghe, Pauline Buffet • construction décors MCB-L’atelier • lumières Baptiste Bussy • chanson Camille Rocailleux • son Olivier Pot • costumes Françoise Van Thienen • stagiaire costume Ophélie Garcia • chorégraphie et geste Claudio Bernardo • escrime Michelangelo Marchese • coiffures et maquillages Catherine Bénard • remerciements Isabelle Fontaine, Théâtre Le Varia, Le Rideau

Production Le Théâtre Le Public, La Comédie Poitou-Charentes-Cendre dramatique national • soutien DRAC Poitou-Charentes, Région Poitou-Charentes, Ville de Poitiers • participation artistique Centre des Arts Scéniques • remerciements Isabelle Fontaine, Théâtre Le Varia, Le Rideau • production équipe de création Compagnie des Petites Heures, Théâtre Vidy-Lausanne ETE, Carré St-Vincent – scène nationale d’Orléans

 

programme de salle: 
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metteur en scène / Ancien artiste en résidence 
Yves Beaunesne