INSOLENCE DE FER ET DE PIERRE

Jean-Yves Gosti - sculpteur

Dans l’atelier de Gosti qui se situe paradoxalement au fond d’une impasse, toutes les perspectives de la création semblent vivre des jours joyeux. En ces lieux, où règne un désordre organisé, le sculpteur fait chaque jour sa révolution permanente, sans avoir signé un contrat d’obéissance avec un maître de pensée ou d’idéologie. Au contraire, un vent d’insolence et de liberté souffle et les sculptures en fer ou en pierre qui nous regardent avec insistance, paraissent débattre avec jubilation de la pluie et du beau temps, de la vie et de la mort, de l’origine des langues ou encore du bien fondé de la métaphysique. Nous sommes ainsi contraints de faire dériver notre désir d’interprétation, tant la présence des œuvres de Gosti nous bouscule et fait chavirer nos repères et notre bon sens esthétique qui nous inviterait à classer rapidement Jean-Yves Gosti dans la catégorie ”Art brut” ou “Primitivisme moderne”… Cela n’aurait bien sûr aucun sens ? Laissons plutôt le dernier mot à l’artiste qui ne manque jamais de verve et écrit avec ironie : « Sculpter, c’est un peu comme jouer à la roulette. Quand on en finit une, on se dit que ce n’est pas si grave. Demain on se refera.”

 

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LETTRE DE JEAN-PIERRE PLUNDR À JEAN-YVES GOSTI

« Cher Gosti,

En regardant les sculptures dans ton atelier, j’ai tout de suite pensé que la forme épistolaire était la plus appropriée pour rendre compte de mon émotion devant elles. Toute autre forme plus contenue, de l’ordre de l’essai critique ou de la prose poétique ornée de quelques savantes références me paraissant d’emblée en contradiction avec la franchise des expressions qui se dégage des pierres que tu tailles et perces, du métal que tu forges, découpes et soudes avec vigueur.

T’écrire une lettre, pour témoigner de mon admiration et du plaisir que je prends devant tes œuvres, m’interdisant la distance qui se crée quand le commentateur-analyseur veut se rendre plus malin et plus important que le créateur commenté et qu’il modère sa spontanéité en se réfugiant dans les poncifs de sa perception. Dans ce retrait, l’exégète trouve toujours des ficelles pour rendre logique son jugement, il retombe généralement sur ses pieds en fin de texte et éclaire de quelques bons mots bien sentis ce qui est sensé restituer la pensée intime du créateur. Je préfère donc à cette tiédeur convenue, l’exercice direct de l’abandon et de l’aveuglement.

Se livrer ainsi, sans a priori ni arrière-pensées, se laisser envahir par ses impressions immédiates, se trouver de plain-pied, est aussi un exercice périlleux. Car on s’oblige à penser qu’une œuvre d’art peut sortir du chapeau d’un magicien qui serait totalement ignorant en matière d’Histoire de l’Art et que celui qui regarde, moi en l’occurrence, est vierge de tout repère esthétique. J’aimerais pouvoir défendre cette position absurde, prétendre que tu es tout droit descendu de l’Olympe en tenant la main de Dionysos et d’Apollon et que je suis, moi, nu dans un jardin de sculptures qui fleure bon l’Eden.

Mais, ciel ! Voilà que je dérive, que je m’embrouille, que je confonds les registres divins pour mieux dire ma confusion et mon étonnement joyeux devant ton univers. Aurais-je reçu sur le coin de la tête un de tes coups du marteau que tu manies en virtuose ou est-ce ta jubilation dans la création qui m’a laissé sur le carreau ? Les deux causes sont sans doute associées dans cette notion que je dois inventer pour la circonstance : “Le marteau jubilatoire”.

Car ton marteau serait plutôt caressant pour le corps et excitant pour l’esprit. On aurait envie en cachette de s’en donner quelques petits coups sur les doigts comme parfois en hiver quand l’esprit est endormi par les frimas, on boit une rasade de Raki pour retrouver la lucidité et la chaleur de l’Égée.

Voilà où je voulais en venir finalement…Toutes tes sculptures au regard habité d’un esprit cycladique semblent être les messagères de Dieux qui me sont familiers. »
Jean-Pierre Plundr

 

programme de salle: 

>en savoir + www.gosti.fr