LA BELLE AU BOIS DORMANT

création 2015|2016
Interview de Jean-Michel Rabeux
Charles Perrault, Jean-Michel Rabeux
L’effrayant merveilleux des contes

Les contes, avec toute leur part d’« effrayant merveilleux », Jean-Michel Rabeux les affectionne tout particulièrement. Vogue alors le plateau vers les contrées de l’enfance, sans édulcorant : « le conte dit toute la vie, avec ses beautés, mais aussi ses inadmissibles cruautés. » Avec La Belle au bois dormant, Jean-Michel Rabeux passe Perrault au mixeur de ses rêves, entrechoque époques et langages : les fées se déplacent bien en dragon, mais les princes préfèrent le skate, et la Reine est une « ogresse du dollar », qui veut dévorer tout le royaume, à commencer par sa bru et ses petits-enfants. Mais que les « adultes de plus de six ans », comme dit Rabeux, se rassurent : tout finira bien. Dans la marmite à cuire les méchants !

 


NOTE D’INTENTION
« Ça devient (presque) une habitude. Je prends un Perrault que j’aime tant, je le passe au mixeur de mes rêves et vogue le plateau vers les contrées de l’enfance, celles que je préfère, aussi chez l’adulte, aussi en moi, à vrai dire.

De La Belle au bois dormant il reste beaucoup, le bois, le fuseau, le sommeil de cent ans, les fées, bonnes et mauvaises, et évidemment un prince plus que charmant. Mais aussi la marmite remplie de serpents et la très méchante ogresse. En effet, le titre fait souvent oublier que le baiser qui réveille du sommeil magique n’est qu’un début du conte. Le pire est à venir, puisque la Reine, mère du prince charmant, n’est rien moins qu’une ogresse qui ne songe qu’à dévorer tout le monde, mais d’abord sa bru et ses petits-enfants, ce qui ne se voit que dans les contes, qui ne songe qu’à se saisir de son fils comme époux pour pouvoir engendrer des petits ogres. Bref, une maman très sympathique. Elle finira dans sa marmite, comme chez Perrault…

Je m’amuse à mélanger les temps, à moderniser tout en conservant le passé, à entrechoquer les époques, les langages, les costumes, les moyens de locomotion, évidemment les fées se déplacent en dragon, mais les princes en skate, et la Reine en talons aiguilles. C’est une Reine de l’économie, ogresse du dollar, qui veut dévorer tout le royaume parce qu’elle est de la grande famille des Montreust, ogres de mère en fille. Le dollar va-t-il l’emporter ? Le Prince est-il ogre lui-même, puisque fils d’ogresse ? Suspens, suspens !

Je m’amuse à frôler d’autres contes familiers, ou d’autres mythes, comme on préfère. Les Atrides ne sont pas loin, avec un fils qui doit tuer ou ne pas tuer sa mère. À Blanche Neige, j’ai volé le Chasseur qui, du fond des bois, rapporte le cœur palpitant de la Belle. La Barbe bleue est là également, avec des cadavres plein les caves, et Peau d’Âne, avec une mère qui songe très sérieusement à épouser son fils, bref, rien que du bonheur familial. Comme d’habitude, la famille est une très heureuse institution pour qui veut s’amuser de nos ridicules tragi-comiques.

Comme d’habitude je prends grand soin que la profondeur des thèmes ne soit pas réservée aux adultes, mais que les enfants y soient confrontés. Le conte dit la vie, toute la vie, avec ses beautés, mais aussi ses inadmissibles cruautés, si réjouissantes par ailleurs. Mais nous n’abandonnons pas les enfants aux agissements des méchants qui paieront cher leurs méchancetés. Le désespoir est secret et réservé aux adultes. Pour les enfants le happy end est garanti, mais on a eu chaud. »

Jean-Michel Rabeux, metteur en scène

 

 


création La Compagnie • d’après Charles Perrault • texte et mise en scène Jean-Michel Rabeux • avec Morgane Arbez, Jacinthe Cappello, Corinne Cicolari, Renaud Triffault • scénographie Bérengère Vallet, Jean-Michel Rabeux • costumes Sophie Hampe, Jean-Michel Rabeux • lumières Jean-Claude Fonkenel • Son Samuel Mazzotti • Musique Guillaume Bosson • Régie générale Denis Arlot • assistanat à la mise en scène Geoffrey Coppini • assistanat scénographie Marion Abeille • régie lumière Denis Arlot, Jean-Marc L'Hostis (en alternance) • régie son Cédric Colin, Frédéric Constant (en alternance) • construction des décors Atelier Devineau

Production déléguée La Compagnie • coproduction La Compagnie, Théâtre de la Croix-Rousse / Lyon, Théâtre du Gymnase - Les Théâtres / Marseille, Aix-en-Provence, Théâtre de Nîmes (en cours) • soutien L’apostrophe scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise, Maison des Métallos / Paris et l'Adami.
La compagnie est subventionnée par le Ministère de la Culture et de la communication - DRAC Ile-de-France et soutenue par la Région Ile-de-France au titre de la permanence artistique et culturelle et par le département de la Seine-Saint-Denis.

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