PAROLES DU DEDANS

création 2015|2016

♦ INTERVIEW / Olivier Brunhes sur la radio RGB 99.2 FM (déc. 2015)

(Le fleuve)

Olivier Brunhes
Des détenus, acteurs de leurs propres vies

Il aurait pu se contenter d’un joli parcours de comédien (Ariane Mnouchkine, Maurice Bénichou, Joël Pommerat, et, pendant 15 ans, avec Laurent Terzieff). Avec L’Art éclair, qu’il a fondé en 2004, Olivier Brunhes a tenu à ce que le théâtre aille à la rencontre de ceux que la société met en marge, sans rien renier d’une exigence artistique convaincue. Fracas, en 2013, a ainsi été conçu avec des personnes en situation de handicap ou en rupture sociale. L’univers carcéral – « un monde où sont réunies toutes nos misères » – devient aujourd’hui matière et sujet d’un spectacle où, à la suite d’ateliers d’écriture, des détenus de la maison d’arrêt du Val d’Oise vont devenir, aux côtés d’artistes confirmés, « acteurs de leurs propres vies. »

 


NOTE D’INTENTION
« Où est notre première souffrance ? demandait le philosophe Gaston Bachelard.  C’est ce que nous avons hésité à dire… Elle est née dans les heures où nous avons entassé en nous des choses tues. »

La prison est le lieu des histoires, de toutes les histoires. Lorsqu’on est enfermé, on raconte, on se la raconte, il n’y a rien d’autre à faire.  On commence par balancer des lieux communs, par parader avec les mots –la langue de bois carcérale en vaut d’autres- et puis, au détour de l’invention, une lumière voit le jour. Il était une fois… Dans le monde carcéral, l’espace libérateur, solitaire, est lié à la nuit. Dans le silence de la nuit, pointe le rêve qui abolit les murs. L’échappée belle, sous un faisceau puissant de lune, libère les corps et les esprits. Comme le reflet d’une étoile dans une flaque huileuse sur un terrain vague. L’enfermement convoque l’infini.

La prison est le reflet obscur de notre société. Nous y retrouvons toutes les dysfonctions du temps. De l’excès de vitesse au terrorisme radical, de la folie de l’argent à celle du sexe, toutes les addictions, tous les dérèglements y sont représentés. Derrière les hauts murs, est dissimulé un monde de souffrances et de douleurs, un monde où sont réunies toutes nos misères –morales, affectives, psychiques, économiques, culturelles. La prison est un bouillon de culture mortifère.

J’ai voulu entendre ce monde, y entrer. Comme on va dans l’arrière cuisine pour voir comment naissent les plats. J’ai voulu, l’espace d’un moment, proposer un autre scénario aux détenus qui ont accepté d’écrire et de bâtir ce spectacle avec moi. Leur proposer de changer d’images, puisque dans la violence ou le fantasme, dans le désespoir et la misère, se mettent en place des scénarii, des schémas intérieurs, des fictions –qui sont toutes mauvaises et conduisent au pire. Avant de passer à l’acte on se représente le monde. J’ai donc proposé aux détenus de changer de représentation du monde. De ne plus travailler contre mais avec lui, pour lui. D’inventer sa vie, de la maîtriser, de donner plutôt que de prendre, l’espace d’un spectacle.

Paroles du dedans, c’est aussi la parole des femmes qui vont au parloir, les règlements, celle des membres de l’administration pénitentiaire. Entre les murs, la difficulté carcérale est commune à tous.

Le spectacle revêt un caractère pluridisciplinaire. Musique et chorégraphie sont intimement liées au texte. Un musicien et une danseuse évoluent sur le plateau avec les comédiens. Parce qu'il ne s'agit pas de "restituer" une forme de théâtre-documentaire.

Paroles du dedans est une fiction, car le champ poétique est – par nature – celui de la liberté.  Nous articulons ce spectacle autour de l'univers sonore de David François Moreau. Nous travaillons dans un espace dépouillé, cerné de murs. La lumière, du dehors au dedans, souligne l'enfermement des corps et des voix.
Olivier Brunhes

 


conception Cie L’art éclair • texte et mise en scène Olivier Brunhes • assistanat à la mise en scène Séverine Vincent • costumes Olga Kovalevski • musique David-François Moreau • chorégraphie Noémie Ettlin • avec Pierre Berriau, Olivier Brunhes, Noemie Ettlin, Nathanael Favory, Mehdi Harhad, Kemso, Nicolas Luboz, David Francois Moreau, Severine Vincent, Vincent Winterhalter • scénographie et lumières François Duguest

>PAROLES DU DEDANS est lauréat 2015 du "Prix de la diversité culturelle" (Coalition Française pour la Diversité Culturelle)

coproduction Compagnie L'Art éclair, L’apostrophe scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise • partenaires SPIP du Val d’Oise, Maison d'arrêt du Val d'Oise, Coalition Française pour la Diversité Culturelle • soutien DRAC Culture et Justice, SPEDIDAM, Région Ile-de-France au titre de la permanence artistique, Fondation Banque Populaire Rives de Paris, Association culturelle de la MAVO

programme de salle: 
AUTOUR DU SPECTACLE 

• RENCONTRE-DÉBAT  « L’art en prison »
En compagnie d’Olivier Brunhes, Nancy Huston, romanciers, co-auteurs de Passés par la case prison, ed. La Découverte, Yazid Kherfi, ancien détenu, aujourd’hui médiateur, Kemso, ancien détenu, aujourd’hui comédien de L’Art Éclair.

samedi 12 décembre à 17h • entrée libre
>écoutez l'enregistrement de la rencontre

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